Pour ses cent premiers jours au pouvoir, Donald Trump n’a pas attendu pour relancer sa rhétorique sécuritaire. Derrière un discours prétendument orienté vers la transparence, son administration applique, dans les faits, une stratégie familière : celle d’un durcissement migratoire aux effets dévastateurs sur les familles. Les récentes expulsions d’enfants citoyens américains, accompagnant leurs mères sans-papiers, révèlent la constance d’une politique qui, sous couvert de choix parental, dissimule une mécanique de dislocation sociale.
Des expulsions maquillées en décisions volontaires
Fin avril 2025, le Département de la sécurité intérieure (DHS) a publié un communiqué mettant en avant ses « 100 jours de lutte contre les fausses nouvelles ». La note attaque frontalement les médias, les accusant d’avoir exagéré la portée des récentes expulsions de mineurs nés sur le sol américain. Selon l’administration, les mères auraient librement choisi d’emmener leurs enfants vers le Honduras.
Pourtant, les témoignages des avocats peignent une réalité bien différente. Les deux femmes concernées, interpellées lors de contrôles de routine en Louisiane, auraient été privées de tout contact avec leurs proches et leurs conseils juridiques avant leur départ. L’une d’elles a été séparée de son fils de quatre ans atteint d’un cancer avancé, renvoyé sans ses traitements essentiels ni suivi médical adapté.
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Des entraves flagrantes au droit de la défense
« Si ce choix était réellement libre, pourquoi interdire à ces femmes de parler à leurs avocats ou à leur famille ? » s’est indignée Sirine Shebaya, responsable du National Immigration Project. Son interrogation, relayée par PBS, s’ajoute aux nombreuses alertes exprimées par les défenseurs des droits civiques face à une répression migratoire qui échappe au contrôle judiciaire.
Dans l’un des cas, le père d’une fillette de deux ans avait déposé une demande urgente visant à empêcher son expulsion. Mais la petite a été embarquée à bord d’un avion avant même que la justice ne se prononce. Un juge fédéral, nommé par Trump lui-même, a dénoncé dans un jugement liminaire « une forte présomption d’illégalité et d’inconstitutionnalité » à l’encontre de cette procédure.
Une stratégie connue, une présentation nouvelle
Depuis 2017, l’ancien président a habitué l’opinion à des mesures radicales. La politique de « tolérance zéro », menée dès son premier mandat, avait conduit à la séparation de plus de 5 000 enfants de leurs parents à la frontière. À l’époque déjà, l’administration justifiait cette violence institutionnelle par le respect de la loi.
Aujourd’hui, le même schéma se reproduit sous un vernis de compassion : éviter de briser les familles en les expulsant ensemble. Mais derrière cette façade, la logique reste identique : créer un climat de terreur au sein des communautés immigrées, en refusant toute alternative humaine ou procédurale.
Un système conçu pour exclure, pas pour protéger
Plusieurs mères renvoyées récemment ne font l’objet d’aucune accusation pénale. Pourtant, elles se sont vues refuser les options prévues par les textes : désignation d’un tuteur pour l’enfant, délai pour organiser un départ concerté, ou recours à un programme alternatif à la détention. Ce dernier, abrogé dès 2017, permettait pourtant aux familles en quête d’asile de rester libres sous surveillance communautaire.
Le cas d’une Cubaine renvoyée sans sa fille de 17 mois, souffrant de crises de convulsions et toujours allaitée, illustre l’ampleur du déni de justice. « Ils ne m’ont jamais laissé la prendre avec moi », confie-t-elle à la presse.
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L’idéologie au cœur des pratiques migratoires
Ce que révèlent ces affaires, au-delà des violations juridiques, c’est une vision politique profondément idéologique. En présentant l’expulsion de citoyens américains comme un acte humanitaire, Trump perpétue une politique d’exclusion enracinée dans le rejet des étrangers. Le respect des droits des enfants, la sécurité sanitaire ou l’intégrité familiale passent au second plan face à une ambition assumée de modeler le pays selon des critères identitaires rigides.
À travers ces décisions, son administration continue d’éroder les fondements démocratiques qu’elle prétend protéger, en s’attaquant aux plus vulnérables sous des prétextes bureaucratiques.
SOURCE : Fraternité

