Loin d’un désengagement réel, les liens entre Faure Gnassingbé et Paris continuent de se renforcer, malgré les apparences. Alors que le président togolais fait face à une vague inédite de contestation populaire, il s’efforce de détourner l’attention en pointant du doigt une supposée ingérence française. Cette stratégie, bien que peu crédible, alimente une confusion savamment entretenue. Pendant que la rue gronde, que les arrestations arbitraires se multiplient, le pouvoir en place tente de se réinventer en adversaire d’une France devenue bouc émissaire. Une manœuvre qui révèle autant l’essoufflement du régime que sa volonté de survivre à tout prix, y compris au prix du mensonge.
Une contestation inédite secoue le pouvoir
Le 6 juin dernier, un vent de révolte a soufflé sur Lomé. À l’occasion de l’anniversaire du président togolais, de nombreux citoyens ont bravé les interdictions pour réclamer des réformes démocratiques, la libération du rappeur Amron et, surtout, la fin du régime en place. Ce mouvement, sans leader politique structuré, symbolise une colère populaire spontanée et résolue.
La répression a été immédiate. Gaz lacrymogènes, interpellations, barrages : le régime n’a pas hésité à faire usage de la force. Le cas du rappeur Amron a marqué les esprits. Rasé, visiblement affaibli, il a présenté des excuses publiques à Faure Gnassingbé dans une mise en scène inquiétante. Sa mère a dénoncé une manipulation flagrante, évoquant des pressions psychologiques et physiques.
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Un tour de passe-passe constitutionnel dénoncé
Au cœur de la contestation : la suppression pure et simple de l’élection présidentielle de 2025. Grâce à une réforme votée par un Parlement acquis à sa cause, Faure Gnassingbé pourra désormais être désigné par les députés, contournant ainsi le suffrage universel. Une stratégie habile pour consolider un pouvoir déjà vieux de deux décennies, dans un pays où le clan Gnassingbé règne sans partage depuis 1967.
Cette manœuvre, qualifiée de « coup d’État constitutionnel » par ses opposants, a provoqué l’indignation de la jeunesse, lasse des privations de liberté et de la vie chère. La montée du mécontentement pousse désormais le régime à multiplier les arrestations préventives. Certaines figures de la contestation, comme l’ancienne ministre Marguerite Nakadé, vont jusqu’à appeler à un soulèvement militaire.
Le récit d’une manipulation française, une diversion bien rodée
Face à cette montée de la colère, le régime togolais tente de détourner le regard vers l’extérieur. Selon lui, la contestation serait pilotée depuis Paris. Faure Gnassingbé endosserait alors le costume du résistant panafricaniste, opposé à l’impérialisme français. Une posture fragile, tant l’histoire récente contredit ce discours.
En réalité, les relations entre la France et le Togo restent solides. Emmanuel Macron n’a jamais condamné les réformes autoritaires du régime, ni les vagues d’arrestations. Mieux encore, Faure Gnassingbé a servi d’intermédiaire diplomatique entre la France et le Burkina Faso en 2023. Les deux dirigeants se sont retrouvés à plusieurs reprises en 2024, notamment lors du sommet de la Francophonie.
Des intérêts économiques et diplomatiques préservés
Malgré les discours anti-français de façade, les coopérations militaires et commerciales entre les deux pays se poursuivent. Des entreprises françaises décrochent encore des marchés publics togolais, et des livraisons d’armes transitent depuis l’Europe de l’Est. L’ambassadeur français à Lomé, Augustin Favereau, affiche un soutien sans ambiguïté au régime. L’interdiction temporaire de RFI et France 24, décidée par le pouvoir le 16 juin, apparaît davantage comme un écran de fumée que comme une véritable rupture. Ces médias ont d’ailleurs été souvent accusés d’avoir minimisé la brutalité du régime.
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Un écran de fumée pour masquer la déchéance
À mesure que les soulèvements populaires se multiplient, Faure Gnassingbé cherche un ennemi extérieur pour délégitimer la contestation intérieure. Cette tactique, bien connue, vise à dissuader les Togolais de manifester en les présentant comme des instruments d’une puissance étrangère.
Pourtant, la réalité est plus nuancée : la France continue de jouer un rôle actif dans le maintien du pouvoir en place, même affaiblie sur le plan diplomatique. Les peuples africains, eux, paient le prix de ces jeux d’influence. Au Togo, ce sont des décennies de répression, de censure et de sang versé qui pèsent toujours sur l’aspiration à la liberté.
SOURCE : Bénin Web TV

