À quelques mois des élections générales prévues en 2026, la question du parrainage électoral refait surface dans le débat public béninois. Instauré par le code électoral adopté le 15 octobre 2019, ce mécanisme oblige tout candidat à la présidence de la République à obtenir le soutien d’un pourcentage de députés et de maires.
L’objectif affiché est de rationaliser le paysage politique et de renforcer le poids des grandes formations. Mais une interrogation demeure : un élu ayant démissionné de son parti d’origine conserve-t-il son droit de parrainage, et au profit de qui peut-il l’exercer ?
Le sujet, encore inédit au niveau des députés et maires, n’en demeure pas moins crucial. Il prend d’autant plus d’importance que des cas isolés de démissions d’élus locaux, comme celui d’un premier adjoint au maire, ouvrent la voie à une réflexion juridique approfondie.
Un droit attaché à la fonction et non au parti
Selon le code électoral, le droit de parrainage est directement lié à la fonction exercée par l’élu – député ou maire – ainsi qu’à la responsabilité qu’il assume au nom de sa circonscription ou collectivité territoriale. Autrement dit, une fois investi, l’élu dispose automatiquement de cette prérogative.
En revanche, la loi ne précise pas ce qu’il advient de ce droit lorsqu’un élu quitte le parti qui l’a porté au pouvoir. Cette absence de disposition spécifique crée une zone d’ombre juridique. Ainsi, un député qui changerait de groupe parlementaire ou un maire qui abandonnerait son parti conserverait, a priori, son droit de parrainage.
La véritable interrogation réside donc dans l’usage de ce droit : peut-il être exercé au bénéfice de son ancien parti, de sa nouvelle formation, ou de manière indépendante ?
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Un vide juridique qui alimente les incertitudes
L’absence de texte clair sur cette hypothèse nourrit les spéculations. Pour l’instant, rien n’empêche un élu démissionnaire de parrainer un candidat, quel qu’il soit. Ce flou pourrait avoir des conséquences notables en période électorale, où chaque signature compte.
De plus, cette situation interroge sur la cohérence du système instauré en 2019. Conçu pour limiter l’éparpillement politique et renforcer les grandes forces, il risque paradoxalement de susciter des pratiques opportunistes si des élus décident de monnayer ou de rediriger leur parrainage en dehors de leur camp d’origine. Ce qui pourrait fragiliser l’esprit même de la réforme.
Un enjeu déterminant pour la présidentielle de 2026
À mesure que l’échéance électorale approche, cette question devient un sujet sensible. Les candidats potentiels à la magistrature suprême devront s’assurer du soutien d’un nombre suffisant de parrains, ce qui place chaque élu dans une position stratégique. Dans ce contexte, la clarification du cadre juridique apparaît essentielle pour éviter les contestations et préserver la crédibilité du processus.
La CENA, en charge de l’organisation du scrutin, pourrait être amenée à préciser la lecture du code électoral. Mais en l’état, seul le législateur serait en mesure de trancher définitivement sur la portée du droit de parrainage en cas de démission d’un élu.
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Vers une nécessaire clarification légale
Si aucun cas concret n’a encore touché les députés et maires, la perspective d’une telle situation inquiète. Les juristes et observateurs politiques appellent à une réforme complémentaire afin de combler ce vide juridique. Pour eux, il en va de la transparence et de la stabilité du système électoral.
En définitive, le débat met en lumière un paradoxe : un mécanisme conçu pour renforcer les grandes formations pourrait se transformer en facteur d’incertitude. À l’approche de 2026, le législateur est face à un choix décisif : maintenir le statu qui au risque de voir proliférer des pratiques ambiguës, ou clarifier la loi pour sécuriser le processus de parrainage.
SOURCE : La Nouvelle Tribune

