Neuf projets stratégiques relevant du ministère béninois de l’Énergie, de l’Eau et des Mines ont été suspendus par l’Autorité de régulation des marchés publics (ARMP). Cette décision, rendue publique le 12 août 2025, met en lumière des manquements aux règles encadrant les procédures de passation, retardant des initiatives jugées essentielles pour plusieurs communes du pays.
Des chantiers d’envergure stoppés
Les projets concernés recouvrent des domaines aussi sensibles que l’électrification et l’hydraulique rurale. Ils incluent notamment la construction de cinq magasins de stockage dans le Borgou et l’Alibori, destinés à renforcer la sécurité alimentaire, ainsi que des travaux d’extension du réseau électrique dans plusieurs localités telles que Comè, Gobada, Léma, Miniki et Agbadou.
Parmi les programmes gelés figure aussi l’aménagement hydraulique de Gogbédé. Celui-ci prévoyait la réalisation d’un mini-barrage, de diguettes antiérosives et de dispositifs de lutte contre les inondations. Enfin, un contrat-cadre relatif à l’entretien et au gardiennage des locaux du ministère et de ses directions techniques a été bloqué.
Ces projets avaient été initialement inscrits au Plan de travail annuel 2024, mais n’ayant pas été finalisés avant la clôture budgétaire, ils avaient été reconduits en 2025. Or, selon l’ARMP, les conditions légales permettant de poursuivre les procédures n’étaient pas réunies.
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Des manquements au Code des marchés publics
L’institution de régulation a rappelé trois obligations incontournables : disposer de lettres de prorogation et de confirmation des prix des prestataires retenus, attester de la disponibilité des crédits budgétaires et réinscrire les dossiers au Plan de passation des marchés publics de l’année en cours.
Pour Séraphin Agbahoungbata, président de l’ARMP, aucun des neuf dossiers examinés ne remplissait ces critères. En conséquence, il a été interdit à la Personne responsable des marchés publics du ministère de proroger les délais ou de poursuivre les procédures en l’état.
Un ministère fragilisé par l’instabilité
Ce gel s’ajoute à un contexte de turbulences au sein du ministère. En moins d’un an, deux responsables se sont succédé à la tête du portefeuille. Depuis juin 2025, c’est José Didier Tonato qui en assure la direction, héritant d’une administration marquée par des mutations fréquentes et des lenteurs procédurales.
Cette instabilité a déjà freiné l’exécution de plusieurs programmes d’électrification et de projets hydrauliques, pourtant attendus dans des communes comme Malanville, Karimama, Bembéréké et Comè. Pour les populations locales, il s’agit d’une nouvelle déconvenue qui repousse encore la concrétisation de promesses maintes fois réitérées.
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Quelles perspectives de relance ?
Selon des sources proches du dossier, le ministère aurait entrepris de nouvelles démarches afin de réintroduire les projets auprès de l’ARMP, cette fois en veillant à satisfaire les exigences réglementaires. Cependant, deux interrogations demeurent : l’existence de financements effectifs et le respect des délais. Ces conditions sont essentielles pour redonner vie à des chantiers classés prioritaires.
En attendant, les communautés concernées doivent encore patienter. Les attentes restent fortes, notamment dans les zones rurales, où l’accès à l’électricité et à l’eau demeure un enjeu quotidien. Cette suspension illustre la fragilité d’un secteur vital, à la croisée de la gouvernance administrative et des besoins fondamentaux des citoyens.
SOURCE : Benin Web TV

