Le paysage politique béninois a connu un regain de tension à la suite des déclarations de Janvier Yahouédéou, coordonnateur du collège des ministres conseillers du président Patrice Talon. Invité sur le plateau d’Info Hebdo le 9 août 2025, l’ancien député a affirmé avoir initié, en 2010, une procédure pour traduire l’ex-président Boni Yayi devant la justice.
Il a précisé que cette démarche, entreprise à quelques mois des élections de 2011, n’avait pas abouti faute du nombre suffisant de signatures au Parlement. Sur les 52 nécessaires, 49 auraient été obtenues. À l’en croire, cette initiative a eu un coût politique important pour certains élus, citant notamment Samou Adambi parmi ceux qui ont perdu leur siège.
Une réponse ferme sur les réseaux sociaux
La réaction ne s’est pas fait attendre. Guy Dossou Mitokpè, Secrétaire national à la Communication du parti Les Démocrates, a publié sur Facebook un message tranchant. Il y accuse Janvier Yahouédéou de mener depuis des années une campagne personnelle contre Boni Yayi, allant jusqu’à qualifier cette attitude « d’obsession maladive ». Pour Mitokpè, cette posture ne traduit pas un engagement constructif mais plutôt une incapacité à proposer une vision et des idées pour le développement national.
Il a rappelé que, durant ses mandats, Boni Yayi avait lui-même déféré devant la Haute Cour de Justice plusieurs ministres impliqués dans des affaires, ce qui, selon lui, démontre un sens élevé des responsabilités. Cette précision visait à contrer l’image que Yahouédéou tente de véhiculer au sujet de l’ancien chef de l’État.
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Des accusations retournées vers l’exécutif actuel
Mitokpè ne s’est pas limité à défendre l’ancien président. Il a également attaqué la gouvernance actuelle, accusant le pouvoir en place de protéger ses proches et de couvrir certaines failles de gestion. Pour étayer ses propos, il a évoqué le « scandale du siphonnage » dénoncé par l’ex-ministre Akponna, un dossier qui reste gravé dans les mémoires et alimente encore les débats.
Selon lui, de telles affaires montrent que l’acharnement sur Boni Yayi ne relève pas d’une exigence de justice, mais d’une volonté de détourner l’attention des citoyens des manquements actuels.
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Un appel à changer de posture politique
Dans la suite de sa déclaration, Mitokpè a interpellé directement Yahouédéou sur la nature de son engagement politique. Il l’a invité à réfléchir à l’exemple qu’il donne à ses enfants et à l’opinion publique. Pour lui, « l’insulte ne construit rien, la haine n’a jamais nourri un peuple ». Il a insisté sur le fait que la politique, pour être utile, doit viser à bâtir et à améliorer, plutôt qu’à déconstruire systématiquement l’action des prédécesseurs.
Cette passe d’armes illustre une fois de plus la vigueur des clivages au sein de la classe politique béninoise, où les affrontements verbaux se mêlent aux stratégies de positionnement à l’approche des prochaines échéances électorales.
Source : La Nouvelle Tribune

