La célébration du 65ᵉ anniversaire de l’indépendance du Bénin, organisée le 1ᵉʳ août 2025 à Cotonou, a été marquée par deux absences significatives. Tandis que le gouvernement mettait en scène le traditionnel défilé militaire, les principaux partis d’opposition et les pays membres de l’Alliance des États du Sahel (AES), pourtant conviés, ont choisi de ne pas y participer. Ce double retrait souligne les tensions persistantes, tant sur le plan intérieur que diplomatique, et confère à cette commémoration une tonalité plus politique que festive.
Un geste symbolique fort de la part de l’opposition
La non-participation des formations politiques opposées au régime en place n’est pas un simple hasard de calendrier. En boycottant les festivités nationales, elles ont exprimé un désaccord profond vis-à-vis de la gouvernance actuelle. Ce choix s’inscrit dans une série de protestations récurrentes, nourries par plusieurs griefs : détentions politiques jugées arbitraires, exils forcés de figures critiques, et absence de réformes substantielles du code électoral.
Guy Mitokpè, membre influent du parti Les Démocrates, a justifié ce retrait dans une intervention sur ESAE TV. Selon lui, répondre favorablement à une invitation officielle tout en subissant la répression dans les rangs de son parti aurait été incohérent. « Pendant qu’ils nous invitent, ils continuent de brimer nos droits », a-t-il dénoncé, rappelant l’arrestation récente de Julien Kandé Kansou, membre de sa cellule de communication, et les multiples interpellations de proches du parti.
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La fracture diplomatique avec l’AES se confirme
En plus du refus intérieur, l’absence des délégations de l’Alliance des États du Sahel a renforcé le caractère inhabituel de la cérémonie. Bien que ces pays aient été invités à participer, notamment à travers la présence symbolique de leurs troupes au défilé, aucun représentant officiel n’a répondu à l’appel. Cette attitude est perçue comme un signe de désaccord diplomatique latent, possiblement lié à des différends stratégiques ou à des divergences idéologiques sur les orientations régionales. Elle souligne également la fragilité des alliances sous-régionales dans un contexte où les équilibres géopolitiques se redessinent.
Entre appel au dialogue et crispation persistante
Ce boycott survient malgré plusieurs initiatives de dialogue récemment lancées par le pouvoir. Toutefois, pour les opposants, ces ouvertures restent superficielles tant que les conditions de participation équitable à la vie politique ne sont pas réunies.
Les exigences de l’opposition sont claires : libération des détenus politiques, retour sécurisé des exilés, et réforme en profondeur du cadre électoral. Sans ces préalables, toute tentative de réconciliation paraît illusoire à leurs yeux. Le refus de participer aux festivités du 1ᵉʳ août se présente donc comme une forme de résistance politique face à un système perçu comme verrouillé.
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Une fête nationale à la portée politique assumée
En refusant de prendre part à une célébration pourtant symbolique, les partis de l’opposition et les partenaires sahéliens ont adressé un message sans ambiguïté : la cohésion nationale ne se décrète pas, elle se construit par l’inclusion et la justice. Cet épisode ajoute une couche de tension au climat pré-électoral, à moins d’un an de la présidentielle de 2026, où les lignes de fracture risquent de s’accentuer si des gestes d’apaisement ne sont pas posés.
SOURCE : La Nouvelle Tribune

