Malgré les investissements colossaux et les ambitions initiales, la politique d’éclairage public lancée sous l’ère de Patrice Talon reste un point faible de son bilan urbain. Entre retards, pannes et actes de vandalisme, les résultats concrets ne sont pas à la hauteur des attentes. Retour sur une stratégie gouvernementale ambitieuse qui peine à illuminer durablement les rues du Bénin.
Des débuts prometteurs face à un constat alarmant
À l’arrivée au pouvoir du président Talon, les grandes villes du Bénin souffraient d’un éclairage quasi inexistant, favorisant l’insécurité nocturne et les accidents de la route. Conscient de la gravité du problème, l’exécutif a rapidement intégré l’éclairage public dans ses priorités, notamment à travers le programme « Asphaltage », censé moderniser les voiries et améliorer la vie urbaine.
Dès 2019, un marché d’envergure est confié à Fonroche Lighting, une entreprise française spécialisée dans l’éclairage solaire. Un accord de financement de 13,5 milliards FCFA est scellé avec Bpifrance, pour fournir 15 000 lampadaires solaires dans neuf agglomérations majeures, dont Cotonou, Porto-Novo et Abomey-Calavi.
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Des résultats encourageants, mais inachevés
Dans sa première phase (2018-2021), le projet a permis l’installation effective de 13 000 lampadaires solaires sur 199 kilomètres de routes urbaines. Certaines zones naguère plongées dans le noir ont retrouvé un semblant de sécurité nocturne, notamment dans la capitale économique. Les impacts locaux ont été salués, en particulier pour la circulation et la tranquillité des habitants.
Cependant, la phase suivante, qui devait couvrir 12 000 lampadaires supplémentaires dans six nouvelles communes, a connu des retards significatifs. Initialement prévue pour 2022, elle n’avait toujours pas été lancée à la date fixée, laissant les populations dans l’expectative.
Un réseau vulnérable au vandalisme et au manque de suivi
L’un des principaux échecs réside dans l’absence de maintenance systématique et la vulnérabilité des installations. Sur de nombreux axes, les batteries et panneaux photovoltaïques ont été démontés ou volés, plongeant à nouveau les quartiers dans l’obscurité. Le cas de la route Cotonou–Ouidah illustre cette défaillance, avec plusieurs tronçons rendus inutilisables à cause du pillage répété des composants solaires.
En parallèle, les communes manquent cruellement de ressources et de compétences pour entretenir le matériel en place. Dès 2019, une table ronde nationale a mis en évidence ces faiblesses structurelles, notamment l’incapacité des mairies à gérer ou renouveler leurs réseaux d’éclairage, qu’ils soient classiques ou solaires.
Le plan « Lumière du Bénin » : un pari ambitieux qui tarde à convaincre
Pour corriger le tir, le gouvernement a dévoilé en 2021 un programme plus large : « Lumière du Bénin », inscrit au PAG 2021–2026. Son objectif : éclairer les 77 communes du pays avec des lampadaires solaires dernière génération, sur plus de 1 600 km de voiries, incluant les postes de pesage et les zones stratégiques. Ce chantier, censé impacter 6 millions de citoyens, repose sur un partenariat public-privé (PPP), piloté par la SIRAT S.A.
Pourtant, à mi-2025, le projet n’a pas encore produit les effets escomptés. Aucune communication officielle ne confirme l’achèvement des installations prévues. Le niveau de couverture reste dramatiquement faible, en particulier dans les communes rurales, et de nombreuses localités demeurent sans lumière dès la tombée du jour.
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Des aveux officiels qui confirment le retard
Même dans le Grand Nokoué, pourtant cœur névralgique du projet, le bilan reste contrasté. Les axes majeurs menant à Cotonou sont de nouveau plongés dans le noir, conséquence d’un manque d’entretien chronique. En octobre 2023, le gouvernement a dû reconnaître l’ampleur des pannes sur les routes vers Abomey-Calavi, Sèmè-Kpodji et Ouidah, et a lancé dans l’urgence un plan de réhabilitation des installations vétustes.
Ce constat tardif souligne les limites d’une politique ambitieuse mais fragilisée par l’absence de suivi technique, la faiblesse de la gouvernance locale et la persistance du vandalisme.
SOURCE : Benin Web TV

