L’opposition béninoise poursuit ses préparatifs pour la présidentielle de 2026. Le parti Les Démocrates, dirigé par l’ancien chef de l’État Boni Yayi, a organisé une rencontre stratégique à Cotonou. La réunion, qui s’est tenue au domicile du leader du parti, a réuni plusieurs figures influentes.
L’objectif affiché : définir les contours de la candidature du parti, tout en tranchant la délicate question de la participation ou non des députés dans la course. Entre ambitions personnelles et contraintes juridiques, le processus s’annonce long et semé d’incertitudes.
Un débat centré sur les députés candidats
Réunis durant plusieurs heures, les responsables du parti ont longuement échangé sur la possibilité pour les députés de briguer la magistrature suprême. La loi béninoise impose aux candidats d’obtenir des parrainages d’élus locaux et parlementaires représentant au moins 15 % de l’ensemble des maires et députés, répartis sur trois cinquièmes des circonscriptions électorales.
Le parti dispose du nombre exact d’élus nécessaires. Cependant, une zone d’ombre persiste : la législation ne précise pas si un député ou un maire peut parrainer sa propre candidature. Bien que la Commission électorale nationale autonome (CENA) ait validé cette hypothèse, les démocrates se montrent prudents. Le souvenir de 2021, lorsque le parti n’avait pu présenter de candidat faute de parrainages, demeure encore vif.
Un participant à la réunion a résumé l’atmosphère en ces termes : « C’était houleux mais on n’a pas tranché ». La question reste donc ouverte, mais une mise à l’écart des députés affaiblirait les ambitions de figures comme Éric Houndété, Nourénou Atchadé ou Kamel Ouassangari.
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L’ombre de Romuald Wadagni
Les discussions internes interviennent alors que le camp présidentiel a déjà dévoilé son choix. Le ministre d’État chargé de l’Économie et des Finances, Romuald Wadagni, a été désigné comme dauphin de Patrice Talon. Sa candidature bénéficie de nombreux soutiens, y compris dans les rangs des démocrates. Le député Basile Ahossi, vice-président du parti d’opposition, a publiquement exprimé son appui à Wadagni, un signe révélateur des fractures internes.
Cette dynamique oblige Les Démocrates à trouver un duo crédible et fédérateur pour incarner l’alternative. L’équation devient complexe : éviter les pièges juridiques, maintenir l’unité du parti et contrer un candidat soutenu par la machine gouvernementale.
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Boni Yayi en arbitre attentif
Depuis son retour à la tête du parti, Boni Yayi s’affiche en stratège vigilant. L’ancien président, qui avait quitté le pouvoir en 2016 après la défaite de Lionel Zinsou face à Patrice Talon, veut désormais redonner à son camp une chance réelle d’accéder à la magistrature suprême. Il répète que son parti est prêt à gouverner. Cependant, transformer cette déclaration en victoire électorale demandera plus qu’un simple discours : il faudra une candidature solide, une stratégie unitaire et la capacité de convaincre au-delà des cercles militants.
La présidentielle de 2026 pourrait ainsi se jouer sur deux fronts : d’un côté, la légitimité d’un parti d’opposition encore en quête de cohésion ; de l’autre, un camp présidentiel déjà rassemblé derrière une figure économique reconnue. Dans ce contexte, la décision sur l’éligibilité des députés devient déterminante. Elle conditionnera l’avenir de plusieurs prétendants et dessinera le rapport de force à l’approche de l’échéance.
SOURCE : Banouto

