Les espoirs de milliers d’aspirants au métier d’enseignant (AME) viennent de subir un coup d’arrêt. En déplacement à N’dali, la vice-présidente de la République, Mariam Chabi Talata, et le président de l’Union Progressiste le Renouveau (UP-R), Joseph Djogbénou, ont tenu des propos qui laissent peu de place à l’optimisme concernant leur intégration automatique dans la fonction publique.
Les déclarations des deux personnalités installent désormais une certitude : les AME devront encore composer avec leur statut précaire dans les prochaines années.
Un corps enseignant essentiel mais fragile
Créés pour pallier le déficit d’enseignants dans les collèges et lycées, les AME constituent aujourd’hui une force considérable du système éducatif béninois. Présents dans toutes les disciplines, ils travaillent souvent dans des conditions difficiles et avec des rémunérations bien inférieures à celles des titulaires.
Leur rôle n’en demeure pas moins crucial : sans eux, le fonctionnement des établissements scolaires serait fortement compromis. Malgré leur engagement, ces enseignants restent cantonnés à une position instable, loin de la sécurité et de la reconnaissance offertes par le statut de fonctionnaire.
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Un discours qui refroidit les attentes
À N’dali, Joseph Djogbénou a mis en avant les priorités budgétaires du gouvernement. Selon lui, un reversement massif des AME mettrait en péril d’autres secteurs stratégiques comme l’électricité, l’eau, les infrastructures et l’industrialisation. De son côté, Mariam Chabi Talata a insisté sur l’obligation de résultats dans l’enseignement.
Pour elle, céder aux pressions reviendrait à sacrifier la qualité de l’éducation pour des revendications jugées déconnectées des impératifs nationaux. Ces propos fermes ont été interprétés par beaucoup comme un refus définitif d’envisager l’intégration à court terme.
Entre déception et résignation
Dans les rangs des AME, la réaction est amère. De Parakou à Porto-Novo, des enseignants expriment un profond sentiment d’abandon. Nombreux dénoncent une situation où, malgré leurs efforts quotidiens, ils se sentent relégués à un statut de « seconde zone ».
Certains craignent que la démotivation progressive qui en découle n’affecte la qualité de l’enseignement. La précarité financière, l’absence de perspectives de carrière et le manque de protection sociale fragilisent leur engagement.
Un dilemme national persistant
Au-delà du sort individuel des AME, c’est l’avenir de l’école béninoise qui se dessine en filigrane. En effet, une grande partie du personnel enseignant repose sur cette main-d’œuvre instable. Les syndicats rappellent que le pays ne peut durablement construire son système éducatif sur une base aussi fragile. Ils appellent à un dialogue sincère entre l’État et les enseignants pour concilier rigueur budgétaire et sécurisation des carrières.
Pour l’Exécutif, la contractualisation demeure un outil de flexibilité, permettant de maîtriser la masse salariale tout en assurant une offre d’enseignement. Cependant, cette logique économique atteint ses limites : en retardant indéfiniment l’intégration, le gouvernement prend le risque de décourager les jeunes diplômés attirés par l’enseignement, affaiblissant à terme l’attractivité du métier.
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Un enjeu qui dépasse le corps enseignant
La question des AME dépasse le strict cadre professionnel. Elle interroge la capacité du Bénin à garantir une éducation de qualité tout en respectant ses équilibres financiers. Pour l’heure, les aspirants doivent continuer à exercer dans des conditions incertaines, en attendant un éventuel infléchissement de la politique gouvernementale. Mais nombreux sont ceux qui redoutent que cette attente ne se transforme en une impasse durable.
SOURCE : La Nouvelle Tribune

