La scène politique béninoise est secouée par un débat qui divise élus, partis et observateurs : la fidélité d’un responsable local à son parti doit-elle primer sur la légitimité issue des urnes ? Les destitutions récentes de responsables communaux à Banikoara et Kandi relancent cette question sensible.
Elles mettent en lumière la tension entre la discipline partisane et la liberté de choix d’un élu, surtout à l’approche des échéances électorales de 2026.
Des destitutions qui marquent les esprits
L’affaire la plus emblématique reste celle de Suzanne Elise Tama, cheffe de l’arrondissement central de Banikoara. Ancienne membre de l’Union Progressiste le Renouveau, elle a perdu son poste le 4 août dernier après avoir rallié Les Démocrates, formation dirigée par Boni Yayi.
Sur les 31 conseillers communaux, 28 ont voté sa destitution par défiance. L’élue a défendu sa décision en expliquant avoir répondu aux sollicitations de sa base électorale, estimant agir en accord avec les attentes de ses mandants.
Quelques semaines plus tard, un scénario similaire s’est joué à Kandi. Le 27 août, le premier adjoint au maire, Séidou Abdouwahabou, ainsi que quatre chefs d’arrondissement ont été écartés. Eux aussi avaient quitté leurs partis d’origine – FCBE et UPR – pour rejoindre Les Démocrates.
Cette vague de destitutions a rapidement suscité des réactions de l’opposition, qui dénonce une « démocratie à double-vitesse » et accuse les partis majoritaires de vouloir neutraliser leurs adversaires politiques.
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Un cadre juridique en toile de fond
Ces évictions s’appuient sur le Code électoral, en particulier la Loi n°2024-13. Ce texte accorde aux conseils communaux le droit de retirer leur confiance à un maire, à un adjoint ou à un chef d’arrondissement en cas de crise de confiance grave. Bien que la loi ne mentionne pas explicitement le changement de parti comme motif de destitution, cet argument est utilisé pour justifier les votes de défiance.
La controverse réside donc dans l’interprétation du mandat local. Au Bénin, les conseillers sont élus sur des listes de partis. Les majorités estiment que la victoire électorale découle d’un projet collectif et d’une bannière politique, et non uniquement du charisme d’un candidat.
Dans cette logique, quitter son parti reviendrait à rompre le contrat implicite passé avec les électeurs, qui ont voté d’abord pour une formation et son programme.
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Un débat politique et démocratique profond
Pour Les Démocrates, ces destitutions relèvent davantage d’une stratégie d’affaiblissement que d’un mécanisme légal. Le parti d’opposition accuse ses adversaires de manipuler la loi pour réduire au silence ceux qui font un autre choix politique. À l’inverse, les formations majoritaires insistent sur la cohérence et la discipline interne, qu’elles considèrent comme essentielles au bon fonctionnement des institutions locales.
Au final, ce bras de fer met en évidence une question fondamentale : un élu local représente-t-il en priorité le parti qui l’a investi ou les citoyens qui l’ont élu ? En tranchant régulièrement en faveur des partis, les votes de défiance redessinent la frontière entre liberté individuelle et loyauté collective. À l’approche de 2026, ce dilemme pourrait peser lourdement sur le climat politique et sur la vitalité démocratique du Bénin.
SOURCE : La Nouvelle Tribune

