La Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET) a rendu un verdict ferme dans une affaire d’escroquerie d’une rare audace. Un individu reconnu coupable d’avoir falsifié un décret présidentiel pour soutirer de l’argent à un pasteur a été condamné à cinq ans de prison ferme et à une amende de 20 millions de francs CFA. Le jugement, prononcé à Porto-Novo, illustre la fermeté de la justice béninoise face aux manipulations administratives et aux pratiques frauduleuses de plus en plus sophistiquées.
L’affaire met en lumière un mélange troublant de supercherie numérique et de crédulité. L’accusé aurait monté de toutes pièces un document imitant un véritable décret gouvernemental, y intégrant les signatures de Patrice Talon, José Didier Tonato et Romuald Wadagni. Ce faux document servait à appuyer un projet fictif baptisé PAG Mirador, censé être lié aux initiatives présidentielles en matière de développement.
Une escroquerie savamment orchestrée
Selon les éléments du dossier, le prévenu avait réussi à convaincre un pasteur de financer ce prétendu projet en lui extorquant 15 millions de francs CFA. Pour asseoir sa crédibilité, il affirmait agir sous mandat officiel. Le stratagème reposait sur une parfaite imitation de la forme administrative, avec en-têtes, sceaux et signatures imitées, donnant au document une apparence authentique.
Durant l’audience, l’accusé a tenté de minimiser sa responsabilité, admettant s’être inspiré d’un véritable décret sans reconnaître avoir utilisé la version falsifiée. Cependant, les juges de la CRIET ont estimé que les preuves établissaient clairement l’usage frauduleux du document auprès de plusieurs victimes. La chambre correctionnelle a donc retenu la qualification d’escroquerie via Internet, conformément aux dispositions du droit pénal numérique béninois.
Outre la peine d’emprisonnement, la cour a ordonné la confiscation du document falsifié ainsi que du téléphone ayant servi à la manœuvre. Le parquet spécial, initialement favorable à une sanction légèrement plus clémente – quatre ans ferme et un million d’amende – a vu sa proposition dépassée par la sévérité du tribunal, qui a jugé la gravité des faits suffisante pour alourdir la peine.
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Une sanction exemplaire pour dissuader les dérives
Trois personnes s’étaient constituées parties civiles au début de la procédure avant de se désister. Le pasteur, principal plaignant, a reconnu avoir été trompé par l’apparente légitimité du projet. Le condamné, invoquant la méconnaissance de la loi et réclamant une indulgence, n’a pas obtenu la clémence espérée.
Cette affaire met en évidence une tendance croissante à l’utilisation de faux documents officiels pour manipuler la confiance des citoyens. La CRIET, juridiction spécialisée dans la lutte contre la corruption et le terrorisme, entend renforcer la vigilance contre ce type de délits qui ternissent l’image des institutions.
Les autorités judiciaires rappellent ainsi que la falsification d’actes étatiques constitue une infraction grave, passible de lourdes peines. En sanctionnant sévèrement le prévenu, la cour envoie un signal fort : la manipulation de documents d’État n’échappera pas à la rigueur de la loi.
Ce verdict pourrait dissuader d’autres tentatives d’escroquerie fondées sur de fausses promesses administratives, alors que les arnaques numériques connaissent une recrudescence dans le pays.
SOURCE : La Nouvelle Tribune

