Les médicaments de perte de poids comme Wegovy, Ozempic et Mounjaro connaissent un engouement sans précédent dans les pays occidentaux, au point que les autorités sanitaires s’inquiètent de maintenir des approvisionnements suffisants. Néanmoins, cette popularité croissante s’accompagne d’un examen minutieux des effets secondaires potentiels, révélant des préoccupations qui dépassent largement les simples problèmes de stock.
Au-delà des effets gastro-intestinaux bien documentés et du fameux « visage Ozempic » caractérisé par un aspect creusé et vieilli, des questions plus graves émergent concernant d’éventuels liens avec certains cancers, particulièrement le cancer de la thyroïde.
Mécanismes d’action et préoccupations spécifiques
Ces traitements appartiennent à la famille des agonistes des récepteurs GLP-1. Wegovy et Ozempic contiennent de la sémaglutide, initialement développée pour traiter le diabète de type 2. Le médicament active les récepteurs pancréatiques pour augmenter la libération d’insuline tout en réduisant le glucagon, une hormone élévatrice de la glycémie. L’effet amaigrissant résulte de l’action sur les récepteurs cérébraux ainsi que sur les cellules intestinales et adipeuses, diminuant l’appétit.
Mounjaro (tirzepatide) pousse le concept plus loin en ciblant simultanément les récepteurs GLP-1 et GIP (polypeptide insulinotrope glucose-dépendant). Cette double stimulation renforce la production d’insuline pancréatique et améliore la sensibilité à l’insuline, permettant aux cellules de réagir plus efficacement. Résultat : une perte de poids supérieure à la sémaglutide seule, positionnant Mounjaro comme la nouvelle référence dans la lutte contre l’obésité.
À LIRE AUSSI : Une nouvelle découverte majeure : un groupe sanguin inédit révèle un mystère vieux de 50 ans
Cancer thyroïdien : la préoccupation principale
L’inquiétude la plus significative concerne le cancer de la thyroïde. Des études sur rongeurs ont révélé que des doses élevées de médicaments GLP-1 provoquaient des tumeurs thyroïdiennes, bien qu’aucune preuve définitive n’existe chez l’humain. Toutefois, une étude française à grande échelle a identifié un lien potentiel entre l’utilisation de GLP-1 et le cancer thyroïdien, particulièrement chez les patients traités plus d’un an.
Par précaution, ces médicaments sont formellement déconseillés aux personnes présentant des antécédents personnels ou familiaux de cancer thyroïdien, ou souffrant de conditions génétiques spécifiques augmentant le risque de tumeurs thyroïdiennes. Paradoxalement, le tirzepatide n’a montré aucune association avec un risque cancéreux accru lors des essais cliniques, tout en conservant l’avertissement thyroïdien basé sur les recherches animales antérieures.
Pancréas et autres préoccupations oncologiques
Les inquiétudes concernant le cancer pancréatique découlent principalement de rapports précoces de pancréatite (inflammation pancréatique potentiellement mortelle). Néanmoins, les études actuelles n’établissent aucun lien direct entre les médicaments GLP-1 et le cancer pancréatique, tempérant quelque peu ces craintes initiales.
Fait intriguant, des études préliminaires sur animaux suggèrent que le tirzepatide pourrait même réduire certaines tumeurs, notamment le cancer du sein. Ces découvertes demeurent toutefois très précoces et non transposables à l’humain dans l’immédiat.
Paradoxe de l’obésité et réduction des risques
L’équation se complexifie lorsqu’on considère que l’obésité elle-même constitue un facteur de risque établi pour plusieurs cancers : sein, côlon, foie et utérus. En favorisant une perte de poids significative et l’amélioration de la santé métabolique, les médicaments GLP-1 pourraient indirectement diminuer le risque de développer ces pathologies.
Certaines études populationnelles révèlent d’ailleurs des taux inférieurs de cancers liés à l’obésité chez les utilisateurs de médicaments GLP-1 comparativement à ceux recevant d’autres traitements. Cependant, la distinction entre l’effet du médicament et celui de la perte de poids reste floue, nécessitant des recherches approfondies.
À LIRE AUSSI : Le sang des personnes exceptionnellement longévives révèle des différences clés
Évaluation des risques et recommandations actuelles
Le panorama actuel se révèle globalement rassurant malgré certaines incertitudes persistantes. Le risque cancéreux global associé aux médicaments GLP-1 et au tirzepatide semble faible, selon les données disponibles. Néanmoins, la prudence s’impose pour les individus présentant des antécédents de cancer thyroïdien ou de syndromes endocriniens multiples, conditions pouvant accroître la sensibilité à la croissance tumorale hormonale.
Ces traitements révolutionnent notre approche du poids, de la santé et du risque. Dans cette bataille contre la balance, ils offrent espoir, science et une part de pari calculé au milieu de l’engouement médiatique. Une certitude demeure : la conversation est loin d’être terminée.
SOURCE : ScienceAlert

