Face aux incertitudes liées aux législatives de janvier 2026, Patrice Talon a pris les devants. Lors d’un échange avec la jeunesse béninoise au palais présidentiel, le 28 juillet 2025, le président a dévoilé son approche en cas d’absence d’un parti franchissant le seuil électoral de 20 % dans chaque circonscription. Pour lui, la Cour constitutionnelle jouerait un rôle décisif pour éviter toute impasse.
Une règle contestée qui agite la scène politique
À mesure que les élections approchent, la disposition du code électoral révisé début 2024, selon laquelle seuls les partis atteignant au moins 20 % des suffrages valablement exprimés par circonscription peuvent prétendre aux sièges, suscite des interrogations. L’opposition dénonce un risque de blocage du renouvellement parlementaire, craignant qu’aucune formation ne parvienne à satisfaire cette exigence.
Certains observateurs y voient une manœuvre politique, destinée à verrouiller le paysage institutionnel en faveur de la majorité actuelle. D’autres alertent sur les effets potentiels d’un tel dispositif : exclusion, déséquilibres démocratiques, ou pire, vide législatif.
A LIRE AUSSI : Talon entre bilan élogieux et pardon discret pour les 65 ans d’indépendance
La Cour constitutionnelle comme filet institutionnel
Interpellé sur cette éventualité, le président Talon a reconnu que la probabilité existe, tout en affirmant avec fermeté : « L’impasse est impossible. » À ses yeux, si aucun parti ne remplit les critères requis, la Cour constitutionnelle interviendra. En tant que juge du contentieux électoral, elle serait appelée à statuer, à écarter les obstacles techniques, et à permettre une répartition équitable des sièges pour garantir la mise en place d’un nouveau Parlement.
« Aucune loi ne peut tout anticiper », a déclaré le chef de l’État. Il estime que lorsqu’un vide juridique survient, il revient aux institutions compétentes de produire une réponse jurisprudentielle, capable de préserver la stabilité. Une position qui continue d’alimenter les débats.
Une réforme pour encourager l’unité politique
Plus qu’une solution de secours, Patrice Talon défend le dispositif comme un levier pour forcer les partis à coopérer. Selon lui, la contrainte des 20 % vise à stimuler les alliances stratégiques, à inciter les forces politiques à dépasser leurs rivalités.
« Vous voulez faire de la politique ? Travaillez ensemble. C’est tout », a-t-il insisté devant les jeunes. Pour le président, la réforme ne fait que refléter une ambition de gouvernance plus cohérente, fondée sur le dialogue, la construction d’accords et la responsabilité partagée.
Des alliances comme seule échappatoire
Le texte actuel autorise toutefois une échappatoire : les coalitions formées avant le scrutin et déclarées à la CENA permettent aux partis ayant obtenu au moins 10 % au niveau national de cumuler leurs suffrages. De quoi envisager un Parlement pluriel, mais à condition d’anticiper les alliances.
Talon appelle ainsi les grandes formations, qu’elles soient de la majorité comme UPR et BR, ou de l’opposition avec Les Démocrates, à réfléchir sérieusement à leur stratégie. Il met en garde : « Si on modifie cette règle, les partis vont éclater. Sans elle, Les Démocrates seraient déjà divisés. Idem pour BR et UPR. »
A LIRE AUSSI : Boycott du 1er août : l’opposition et les pays sahéliens absents des festivités
Vers un héritage politique assumé
Ce discours révèle la volonté du président de laisser une empreinte durable sur l’architecture électorale du pays. Selon ses mots, il souhaite offrir un « héritage différent », basé sur la cohésion politique, même contrainte, pour renforcer la démocratie béninoise.
Mais si certains y voient une manœuvre de stabilisation institutionnelle, d’autres y lisent une forme de verrouillage. Le débat reste ouvert, et le verdict des urnes de janvier 2026, tout autant que celui de la Cour constitutionnelle, sera décisif.
SOURCE : BANOUTO

