Les forces de l’ordre béninoises ont interpellé vendredi 12 décembre 2025 vers 11 heures Candide Azannaï devant le siège de son parti Restaurer l’Espoir dans le quartier Mènontin à Cotonou. L’ancien ministre délégué à la Défense nationale a été immédiatement conduit à la Police judiciaire où il a été auditionné pendant plusieurs heures.
Selon BIP Radio citant une source judiciaire, l’opposant politique a été placé en garde à vue samedi 13 décembre peu avant minuit trente au terme de son interrogatoire. Les chefs d’accusation retenus contre lui s’avèrent lourds : complot contre l’autorité de l’État et incitation à la rébellion. Cette arrestation survient cinq jours seulement après la tentative de coup d’État déjouée le dimanche 7 décembre, créant une controverse majeure dans la classe politique béninoise.
Une interpellation musclée devant les partisans
Candide Azannaï se rendait à son bureau ce vendredi matin lorsque son véhicule a été encerclé par les forces de l’ordre. D’après les proches de l’opposant interrogés par RFI et France 24, il a consenti à suivre les policiers venus l’appréhender. Une petite poignée de ses partisans a accompagné le convoi jusqu’à son arrivée à la Police judiciaire.
Certains proches évoquent même un « enlèvement » selon les termes rapportés par Yahoo News citant l’envoyé spécial à Cotonou. Aucun mandat d’arrêt officiel n’a été présenté publiquement au moment de l’interpellation. Les autorités n’ont d’ailleurs publié aucun communiqué officiel détaillant les faits reprochés ou les circonstances ayant motivé cette procédure.
Une source policière ayant requis l’anonymat n’a fourni aucun détail concernant les raisons de l’arrestation ni l’endroit exact où Azannaï est détenu. Le silence officiel alimente les spéculations sur les véritables motivations de cette opération policière menée en pleine journée.
À LIRE AUSSI : L’Assemblée nationale béninoise valide le budget 2026 en l’absence des élus de l’opposition
Un opposant ayant condamné la tentative de putsch
L’arrestation intervient dans un contexte national marqué par la tentative de prise de pouvoir par des mutins le 7 décembre dernier. Pourtant, Candide Azannaï s’était publiquement démarqué en condamnant fermement cette tentative de coup d’État. Le 9 décembre, la Coordination nationale de la Résistance et son parti Restaurer l’Espoir avaient dénoncé une « intrusion violente » dans la vie politique.
Ces organisations ont réaffirmé leur attachement au respect de l’ordre républicain. Dans une déclaration diffusée sur Facebook mercredi, l’opposant avait fermement condamné les événements du 7 décembre. Il dénonçait aussi « des manœuvres malveillantes visant à exploiter les événements criminels du 7 décembre 2025 pour s’approprier le pouvoir, en recourant à la manipulation et à l’intimidation des voix dissidentes et des opinions politiques divergentes ».
Cette position publique rend son arrestation d’autant plus énigmatique. Comment un opposant ayant condamné la tentative de coup d’État peut-il se retrouver poursuivi pour complot contre l’autorité de l’État cinq jours plus tard ?
À LIRE AUSSI : Présidentielle 2026 au Bénin : Michel Sodjinou rompt le silence et justifie son retrait du processus de parrainage
Un ancien allié de Talon devenu critique virulent
Candide Azannaï a occupé le poste de ministre délégué chargé de la Défense nationale à partir de 2016 avant de démissionner en mars 2017. Depuis son départ du gouvernement, il s’est imposé comme un opposant déterminé du président Patrice Talon. Il a aussi été député durant la 6ème législature.
Ses interventions publiques et ses publications sur les réseaux sociaux sont souvent décrites comme une « guérilla verbale » par les analystes politiques béninois. La gestion du président Talon, aussi bien sur le plan démocratique qu’économique, constitue sa cible principale. Personnalité bien établie sur la scène politique béninoise, Azannaï s’est fait remarquer par ses critiques acerbes de la gouvernance actuelle.
Les autorités ont lancé une enquête pour identifier les responsables et commanditaires de la tentative de coup d’État. Aucune liste officielle des personnes suspectées n’a toutefois été publiée à ce jour. Le flou entourant les poursuites judiciaires alimente les interrogations sur une possible répression politique assumée. De quoi placer le pouvoir de Patrice Talon sous les feux d’une critique internationale grandissante.
SOURCE : RFI

